La Bobo, La Bimbo et le Chat de Schrödinger : Le Retour (Part 2)

Il y a dix jours, nous avions vu en quoi les défilés Spring-Summer 2012 de Milan et Paris semblaient être l’illustration de l’existence d’univers alternatifs… (pour les retardataires, allez voir ici).

23 mars 2010. Non ce n’est pas (uniquement) la date d’une énième grève de la SNCF, mais celle à laquelle ont eu lieu les premières collisions de particules dans le LHC, le plus grand collisionneur de particules du monde, situé à Genève, et dont l’objet est de recréer, de manière artificielle, les conditions du Big Bang. Or, ce formidable et passionnant projet qui apparaîtrait susceptible de nous en apprendre davantage sur la création de notre monde, pourrait en outre potentiellement  – dans la droite lignée d’une certaine théorie féline – révéler l’existence d’univers alternatifs…

Mais si les scientifiques se sont émerveillés du lancement de ces travaux, avec des gesticulations qui n’étaient pas sans rappeler celles des Sims, mine réjouie et coupe de champagne à la main durant toute la journée qui a vu les premières collisions (véridique : le CERN avait prévu le direct sur leur site… la plus grande beuverie scientifique jamais broadcastée !), peut être auraient-ils du jeter un coup d’oeil vers les catwalks…

Voici donc la seconde partie de cet article ayant pour objet de montrer que le lien entre mode et physique quantique n’est pas forcément si aberrant…

2ème partie : La tendance bimbo-chic : des fashionistas de Sex and the city à Priscilla folle du désert

1er univers : La tendance Bimbo-chic

Si le premier univers correspondait à une déclinaison surprenante du look bobo, à l’inverse, chez Dolce et Gabbana, Cavalli ou Ferragamo, le catwalk prend des couleurs et des allures de grandes vacances avec des silhouettes au sexy affirmé et assumé : pas de doute, le sex appeal évoqué dans le Vogue d’octobre dernier (n° 921) fait bien son grand retour.

Le moins que l’on puisse dire, donc, c’est que l’été s’annonce éclatant avec un style bimbo-chic décliné à l’envi : pour le dernier défilé D&G (ci-dessous – la ligne sera désormais intégrée avec la Dolce et Gabbana classique), les designers proposent du court – voire du très court – les imprimés sont vertigineux, les couleurs éclatantes, les lunettes de soleil de sortie et makeup nude et cheveux lâchés confèrent à la fashionista des beaux jours une allure fraîche et épanouie.

Le côté pratique de D & G ! Deux robes pour lesquelles une tache passera toujours inaperçue !

La tendance est suivie par Salvatore Ferragamo et Just Cavalli qui proposent quant à eux des silhouettes ethniques chic et choc, servies elles aussi par un color block décidé, des imprimés mis en valeur (floraux comme animaliers : on remarquera par exemple les imprimés léopard d’un rouge éclatant chez Ferragamo), des besaces jetées nonchalamment sur l’épaule (toujours Ferragamo) et des tresses dans les cheveux (Just Cavalli). Les robes sont longues, mais d’une envoûtante légèreté et fendues jusqu’en haut des cuisses pour une sensualité encore plus assurée.

Salvatore Ferragamo

 Roberto Cavalli (à gauche) – Just Cavalli (à droite)

Just Cavalli

Cependant, si ce choix d’un style ultra sexy et féminin – tel qu’on en trouve un bel exemple dans certaines séries féminines (comme celle de gauche…) – semble bien partagé partagé par Dolce et Gabbana ou Meadham Kirchhoff lors de la semaine parisienne,  il n’en demeure pas moins que l’interprétation que ces derniers en livrent apparaît – encore une fois  – radicalement opposée aux standards du style.

2ème univers : De la mode à l’ingestion (ou de l’indigestion à la mode !) à la bimbo délirante de Priscilla folle du désert

A Milan, c’est bien Dolce et Gabbana qui surprend le plus : le féminin n’est pas seulement plus affirmé, il y est exacerbé… avec ici un résultat à la fois des plus réussi et des plus déconcertant : les coupes mettent admirablement les formes en valeur, les tombés sont

Katy Perry, ci dessus, en poulet liquide

parfaits, les brassières multipliées, seules ou par transparence, les cheveux sont attachés en chignons flous, shorts taille haute et dentelle en relief, mais imprimés et accessoires ne manquent pas de surprendre : si les imposantes couronnes de fleurs dans les cheveux demeurent somme toute assez classiques, il n’en va pas de même des représentations bien plus prosaïques qui figurent sur bon nombre de pièces : tomates, ail, voire fruits, légumes et pâtes en boucle d’oreille (rajoutons sauce tomate et parmesan et le diner est prêt !), on se croirait davantage chez un primeur ou dans une publicité léchée (c’est le cas de le dire !) d’une marque de produits italiens que sur un podium durant une fashion week.

Madame Sala De Fruit et son petit accessoire qui va faire un tabac cette année dans les dîners mondain, le bavoir fashion ! :


Précaution d’utilisation sur le sachet : Ne pas oublier de décrocher la femme avant de cuire les pâtes !

Breaking News en exclusivité pour ModeviewsUnited : Rien ne va plus entre Dolce et son acolyte Gabbana  qui n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur le choix du fruit phare de leur prochain défilé !

Viande magazine, le magazine des fashionistas qui aiment la bidoche ! (promis, il existe vraiment – je ne vous dit pas la tête du marchand quand je lui ai demandé le dernier numéro…)

Plus délirant encore, chez Meadham Kirchhoff à la Fashion Week de Paris dont le show évoque davantage au premier abord une fête d’anniversaire de primaire voire la foire du Trône qu’un défilé couture : boucles blondes enfantines, motifs d’ours en peluches sur les tops, minis dont le caractère sexy est neutralisé par les chaussettes hautes d’écolières aux couleurs éclatantes ou makeup approximatif et malhabile de petite fille, la mode se fait ici régressive, loufoque et inattendue, presque insensée.

Pourtant, si l’aspect enfantin, mis en exergue par la profusion de ballons, semble évident, certains modèles flirtent pourtant avec une sensualité parfaitement adulte. C’est ainsi que, lorsque les lèvres se font plus foncées, les teintes moins chamarrées et les longueurs encore plus réduites, le mélange des genres rappelle davantage les héroïnes (héros ? Eros… définitivement !)) de Priscilla Folle du Désert  (à droite) qu’une enfant essayant les escarpins de sa mère.


De la cour de récré au bois de Boulogne… il n’y a parfois qu’un pas…

Conclusion : la boucle est bouclée, la bimbo-gothique du bal des vampires

Si la tendance de la femme fatale semble se poursuivre chez Pucci, ce sont ici les deux tendances qui s’entremêlent : féminité exacerbée et à la sensualité palpable dans la droite
ligne de Dolce et Gabbana donc, mais avec un revers beaucoup plus « dark », comme chez Armani ou Gucci : l’Esméralda estivale laisse place à une version d’elle-même beaucoup plus sombre, aussi bien dans les couleurs qu’au niveau du maquillage : imprimés, dentelles, brassières, voire lingerie apparente sont bien présents, mais la couleur chute de plusieurs tons, les grandes croix ornent les décolletés et les regards sont rendus ardents par un smoky appuyé, un choix accentué par le podium qui laisse apparaître des colonnes en marbre. Pas de doute, le LHC est dépassé : la mode a définitivement trouvé sa théorie des cordes…

C’est Dracula qui risque d’être déçu… le résultat est beaucoup trop lisse par rapport à ses habituelles congénères féminines (ci dessous)

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La Bobo, la Bimbo et le Chat de Schrödinger : Part 1

Je vois déjà vos yeux se froncer (très mauvaise habitude à arrêter immédiatement sous peine de ride du lion) quand je vais vous dire que de la physique quantique aux catwalks, il n’y a qu’un battement de cils…

Erwin Schrödinger. Si son nom lui aurait peut-être permis de faire carrière dans la haute couture (Diane Von Furstenberg y est bien parvenue sans changer de nom !), ce brave homme a préféré plancher sur des questions que personne ne se posait. Pouvait-il imaginer qu’un jour ses théories puissent trouver un écho dans les yeux d’Anna Wintour ? A l’inverse, Anna Wintour influencera-t-elle un jour les théories quantiques ?

Aucun rapport ? Détrompez vous…

En 1935, Erwin Schrödinger, physicien autrichien, a cherché à dégager une théorie (purement intellectuelle, aucun animal n’a été maltraité) permettant de démontrer les lacunes de celle ci :

Prenons un chat. Plaçons le dans une boite hermétiquement close disposant d’un mécanisme ayant 50 % de chance de tuer l’animal au bout de cinq minutes. Le spectateur ne sait donc pas si celui-ci a survécu tant qu’il n’a pas ouvert le contenant (la probabilité est donc de moitié que le chat soit toujours vivant). Pour la mécanique quantique, cet état d’incertitude signifie donc que le chat n’est ni mort, ni vivant, du fait de la superposition de ces deux hypothèses (vous suivez toujours ?).

Les deux possibilités auraient donc alors selon Schrödinger potentiellement généré deux univers alternatifs : le premier où l’animal aurait survécu, le second dans lequel il aurait succombé. Ce n’est qu’en ouvrant la boîte et en constatant l’état du chat, que le spectateur serait propulsé dans l’un des deux univers (l’autre existant toujours parallèlement).

Le lien avec les Fashion Week semble peut être, à ce stade de la démonstration, relativement (voire même particulièrement) ténu… Eh bien pas tant que ça : si la théorie du chat de Schrödinger permet de tenter d’apporter une réponse potentielle à l’existence des univers parallèles, les collections Spring Summer 2012 semblent presque apparaître à elles seules comme une manifestation éclatante et surprenante de mécanique quantique.

En effet, si la Fashion Week de Milan – qui a pris place du 21 au 27 septembre dernier, – ainsi que celle de Paris – du 27 septembre au 5 octobre – ont célébré la féminité, il est peu dire que les couturiers en ont non seulement adopté une vision parfois fort surprenante, mais aussi très largement contrastée (et tellement large qu’elle fera l’objet de deux thèmes, divisés en deux articles dont voici le premier).

A tel point que si deux tendances se dégagent - un look bourgeoise-chic au caractère sérieux indéniable, à tendance arty et un second à la féminité bien plus exacerbée, voire ultra sexy – les couturiers en livrent pour chacune d’entre elles une interprétation tellement tranchée, qu’il semble au spectateur assister à une multiplication des mondes sur les catwalks (vous vous demandiez pourquoi on parlait de « cat »walk ? Vous avez compris !).

La question se pose donc : le mélange des genres sur les défilés ne peut il pas être appréhendé comme l’illustration d’univers alternatifs ?

Première partie: La tendance néo-bourgeoise chic et arty :

de Gatsby le Magnifique à Silent Hill, en passant par Walt Disney


 Premier univers : La bobo des années folles

Du sérieux. C’est le maître mot qui apparaît chez de nombreux créateurs pour la saison prochaine. Chez Fendi, Gucci, Saint Laurent (dont les ensembles sont généralement de couleur sombre : bleu nuit, noir, et vert foncé) ou Prada dans une moindre mesure, c’est une féminité toute en retenue qui transparaît.

Fendi mêle ainsi style masculin-féminin à travers l’ajout de cravates à certains tops mais propose aussi cols sages et matières un peu lourdes. Gucci  (ci-dessous) propose des motifs art déco géométriques, des costumes à la coupe également masculine ainsi que des robes brodées de perles métallisées qui ne sont pas sans rappeler l’esprit des années 20 de la Daisy Buchanan de Francis Scott Fitzgerald. Chez Miuccia Prada, enfin ce sont les imprimés, les tissus fluides et contrastés qui sont rois, le tout dans une inspiration rétro non dissimulée.


Elégance sérieuse toujours – et comme à son habitude – qui prédomine pour Ann Demeulemeester (à gauche, ci-dessous), majoritairement duochrome (noir et nude/blanc), ou chez Giorgio Armani  (à droite) – plus vraiment cette fois-ci par les coupes, mais plutôt par les multiplication de tissus à la brillance métallique et moirée ainsi que par un maquillage très appuyé au niveau du regard.

Second univers : La bobo de contes de fées

Elégance sérieuse mais à tendance merveilleuse pour Karl Lagerfeld chez Chanel comme pour Marc Jacobs chez Louis Vuitton (ce qui n’est pas sans rappeler l’univers magique de Mary Katrantzou lors de la semaine londonienne).

Le premier propose ainsi une réinterprétation fashion du conte de la Petite Sirène  – à l’instar de Versace où si la collection est une vraie réussite dans son ensemble, certains modèles apparaissent cependant peut être un peu trop tapageurs (ci-dessous) – avec tailleurs blancs à vestes courtes superbement coupés et gages d’allongement de la silhouette, adoucie par l’utilisation de couleurs nude et pastel. Les formes structurées et les imprimés géométriques, cohabitent avec flots de perles, sequins irisés ou tissus moirés et nacrés évoquant les coquillages que tiennent en main les mannequins et les écailles de poisson d’Ariel.

Chanel


Chez Versace, la version du conte d’Andersen est bien plus bling bling… au risque de rappeler une héritière jet setteuse au bon goût bien connu (posant comme à son habitude dans la plus grande simplicité)

 Louis Vuitton

Dans la même veine, si pour le second, le show n’est pas moins féérique – l’ambiance romantique mise en exergue par l’installation d’un manège, serre-têtes et tiares strassés ainsi qu’omniprésence de dentelle claire et virginale, font des mannequins autant de Cendrillons – il n’en demeure pas moins que le virage opéré sur d’autres podiums est catégorique. A tel point que le spectateur semble se voir catapulté, sinon dans les romans d’Isaac Asimov, du moins dans un film d’anticipation…

Troisième univers : La bobo de science fiction

C’est Jean Charles de Castelbajac qui ouvre le bal et opère la transition avec l’univers précédent, sans se départir de son style décalé habituel : le podium est noyé dans la fumée et la pénombre ; les teintes sombres, les smoky ainsi qu’un maquillage à l’intensité presque dérangeante coexistent avec des imprimés Walt Disney pour un résultat franchement déroutant, tranchant radicalement avec l’esprit de Vuitton ou de Chanel.


              Le nouveau magasin de Jean Charles de Castelbajac ? Non, le Disney Store…

De même, au défilé Emporio – sobrement intitulé « Neodesign » où noir et blanc se taillent la part du lion – le show se mue en une véritable procession : mannequins blond platine à l’allure robotique, makeup appuyé, et cheveux ultra lissés à la coupe courte, suivent les unes après les autres les pas du doppelgänger qui les a précédées. Les tenues sont géométriques, certes chic et sobres, mais rendent de fait le look presque glacé. C’est également le parti pris retenu par Nicolas Ghesquière (Jean Marc Taponier n’était malheureusement pas là.. oui oui j’ai aussi le droit de faire des blagues idiotes) pour Balenciaga (les robes sont évasées mais très rigides et les tissus métallisés) ainsi que chez Mugler où la particularité se marque surtout, outre les découpes surprenante, par le maquillage et la mise en scène du show.

Emporio Armani

Un gros côté Tic et Tac chez Armani… (oui oui avec la même jovialité !)

Il en va de même chez Gucci où si, on l’a dit, un grand nombre de pièces rappellent davantage Gatsby le Magnifique que la série SF Battlestar Galactica, la mise en beauté pourtant étonne, interroge voire même déstabilise tant elle tranche avec les tenues : le charbonneux  du regard est intense, les sourcils presque inexistants tant ils sont blondis et les chignons sont bombés vers l’arrière… ce qui n’est pas sans rappeler une certaine série de films dont le premier a été signé par Ridley Scott et qui ont lancé la carrière de Sigourney Weaver.

Mise en beauté d’anticipation chez Gucci ?

Enfin, science fiction toujours – voire même inspiration dans certains jeux vidéos  horrifiques – chez Gareth Pugh. Ce dernier reste fidèle à sa ligne de conduite arty habituelle avec des combinaisons géométriques, du noir et du blanc – comme chez Armani -, des sourcils blanchis et à l’implantation hasardeuse, mais surtout par un final détonant où les dernières silhouettes voient leurs têtes dissimulés sous des capuches à forme pyramidale, pour un résultat plus que frissonnant… semblant sorti tout droit de Silent Hill (avec Pyramide Head, ci-dessous) ou de Resident Evil (avec l’homme à la hache)…

Effet garanti pour un premier rendez vous !

Autant dire que le mélange des genres est plutôt surprenant – et c’est un euphémisme -… et ce n’est pas fini…

A suivre …

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