La Mode est-elle une Science, un Art… ou un Jeu d’Enfant ?

Si la mode fait indéniablement partie intégrante de notre quotidien, il apparaît pourtant difficile de déterminer son exacte nature : si les mensurations des mannequins sont exigés et scrutés avec une précision mathématique, précision encore aiguisée pour les défilés, la mode est elle pour autant une science ? Si l’on considère l’excentricité dont font preuve les designers, ne serait-il pas plus exact d’appréhender celle-ci comme expression d’une activité artistique ?

Autrement dit, quelle est, sinon la vraie définition, du moins la véritable essence de la couture ? Si l’interrogation apparaît nébuleuse et fort complexe, nous allons pourtant essayer d’y apporter quelques éléments de réponse potentielle…

La mode, une science dure au service d’une liberté technologique ?

Nous avons déjà vu que prêt à porter et astrophysique ne sont pas forcément aussi éloignés que l’on pourrait l’imaginer de prime abord (pour les retardataires, la théorie du chat de Schrödinger appliquée aux défilés c’est ici et ici) : en témoignent ainsi , comme vu dans le premier lien, et de manière sous jacente – même si potentiellement et probablement non recherchées – nombre références aux films d’anticipation (pour Gucci) ou aux jeux vidéos (chez Gareth Pugh). Autant dire que la technologie apparaît loin d’être absente des considérations des couturiers…

et ce, depuis une période non négligeable : si l’invention de la machine à coudre par Bartélémy Thimonnier en 1830 a véritablement révolutionné le monde de la couture, il s’agit bien, au 20ème siècle, de l’avènement de nouvelles matières qui va véritablement transformer les silhouettes : on pense ici aux premiers bas nylons apparus en 1940 -  jusqu’alors en soie du Japon beaucoup trop fragiles -, aux premières utilisations du lycra en 1959 (très utilisé par Azzedine Alaïa) qui peut être étiré jusqu’à 6 ou 7 fois avant rupture, ou encore là l’invention en 1998 par  Jean Claude Jitrois d’un cuir élastifié, posé sur une fine couche de stretch.

Pour que mon enfant devienne une star porno SM, j’ai mon petit secret… (Jitrois)

La technologie s’invite donc dans la couture, apporte son lot de surprises. Et voire plus encore, puisque la machine à rêve semble connaître un emballement ces dernières années : c’est ainsi que, dès 2003, la créatrice Elisabeth de Senneville crée un  vêtement « doublé de fil d’argent pour dévier les ondes magnétiques des téléphones portables, des cristaux liquides posés sur le col et les manches, qui, via des fibres optiques, emmagasinent la lumière du jour pour la restituer la nuit » (1), que, six ans plus tard, Jitrois annonce un « jean en cuir, lavable en machine », que la technologie Heattech – permettant de conserver la chaleur du corps – a fait un carton chez le japonais Uniqlo, installé désormais Boulevard Haussmann à Paris, ou qu’ont été récemment lancés des soutiens gorge équipés de capteurs solaires pour recharger facilement ses appareils électroniques (voir ci dessous) !

Les textiles « lumineux intelligents énergisants » d’Elisabeth de Senneville

Quel fantastique cliché de la japonaise avec ses bols de riz et de soupe… A mon tour de représenter la France avec un soutif cassoulet-saucisse-choucroute (je suis sûre qu’il fera un carton au défilé Victoria’s Secret !)

(ci dessus Soutien-gorge à panneau solaire détachable)

De la théorie à la pratique, aussitôt dit aussitôt fait : après avoir renversé deux boites de conserve sur mon soutien-gorge et constaté que j’allais peut être finalement nuire à l’image de la France, j’ai du me rendre à l’évidence que la technologie supposait un tout petit peu plus de technicité. C’est ainsi qu’en usant de mes grandes connaissances en électricité, j’ai pu parvenir – par un ingénieux et non moins mystérieux concept – à révolutionner le monde de la mode en devenant la première « femme-sapin-de-noël-d’intérieur » (piles non fournies).

Et davantage : si la technologie se met au service de la mode, elle lui promet d’atteindre prochainement de nouveaux sommets, en témoigne cet article du journal Libération  : « les textiles de demain auront de nombreuses applications biomédicales. Des prototypes équipés de microcapteurs médicaux, d’un millimètre ou moins, sont à même d’enregistrer toute une série de fonctions corporelles comme les rythmes cardiaque et respiratoire ou le taux de transpirations » (2). La mode, une science ? Peut être pas totalement, mais une science, au service de la mode, définitivement.

La mode, une science sociale au service de l’imaginaire ?

Plus encore, ne peut on pas appréhender la mode comme une formidable – mais peut être néanmoins méconnue – facette de la science sociale, voire même de l’anthropologie ?

Une science sociale au service de la liberté des individus

La mode peut ainsi, à de nombreux égards, apparaître comme génératrice de liberté des individus et de libéralisme.

Expression de libération des corps en premier lieu : dans la même lignée que le body art, le body paninting,  les piercings,  les tatouages, les manifestations d’expression corporelle par le textile ou la cosmétique ne manquent pas…, que ce soit au quotidien ou sur les podiums (on se souvient de Rick « Zombie Boy » Genest ou de la top Charlotte Free) ; une libération des choix morphologiques donc qui n’est peut être pas sans rappeler la naissance, en 1958, de la mini jupe par Mary Quant, qui avait d’ailleurs, face aux critiques, qualifié la coupe de fort pratique car permettant aux femmes de courir plus aisément après le bus.

Expression de libération des esprits ensuite, par l’adoption d’un un point de vue plus consumériste : c’est ainsi que des marques comme The Kooples, Dove, voire même Make Up For Ever, tentent, on en a déjà parlé, de se donner une image plus grand public et plus accessible via leurs campagnes de publicité.

Ohhh des boucles d’oreille fleurs ! Mais quelle idée de génie ! Est-ce que les créateurs de bijoux se disent qu’ils dessinent toujours la même chose depuis la maternelle ? (la question vaut aussi pour les architectes)

Il va également sans dire que la démocratisation du luxe – ce dernier étant devenu presque obsessionnel – pour le plus grand nombre participe de cette tendance :  en joaillerie par exemple où Mauboussin n’hésite pas à afficher ses campagnes dans les stations de métro en indiquant des prix souvent bien inférieurs à ceux du marché,  ou Buccellati, et sa ligne de bijoux Blossom (ci dessus) plus accessible en argent ; en matière textile également – en témoigne l’idée marketing initiale de Zara : copier les pièces de créateurs en ne modifiant que quelques détails pour éviter la contrefaçon – : on pense à H&M et ses partenariats avec Karl Largerfeld (en 2004 et 2010), ou plus récemment Versace, ou aux lignes « bis » des couturiers moins coûteuses pour le consommateur (telles que See by Chloé, D&G (désormais supprimée), Marc by Marc Jacobs, voire même la collection Karl Lagerfeld  vendue sur Net à Porter à partir de fin janvier).

Exclusif MVU People ! Le nouveau jouet des enfants Beckham ! Un homme a colorier !

La course, un temps rampante désormais galopante, du luxe se  manifeste également à travers les cosmétiques. Pour illustrer au mieux cette idée, on pense bien évidemment à l’emballement des ventes des vernis à ongles des grandes maisons (on avait déjà déjà abordé la question). Chanel est en première ligne : les flacons suscitent une telle convoitise chez les beautystas que les laques se trouvent généralement en rupture de stock quelques jours, voire quelques heures après leur sortie. Aucun doute que la collection Spring 2012 (April, May et June, ci dessous, au demeurant fort agréables à regarder, mais n’innovant pas vraiment au niveau des teintes qui parent déjà notre kératine ongulaire), ne dérogera pas à la règle…

Il n’en demeure pas moins que la mode – comprise ici dans un sens aussi bien textile que cosmétique – conserve un caractère de carcan  bien présent : outre les fameux « dikats » de la mode, la nécessaire adaptation des tenues aux circonstances, distinction subtile des couches sociales et élitisme semblent encore bien présents du fait notamment du caractère onéreux de nombreuses pièces d’exception. La puissance n’est pas si facile d’accès…

Le leader,  la pensée magique et la recherche du héros

Il semble également opportun d’évoquer la place des couturiers dans l’univers actuel. Portés aux nues, encensés, voire même vénérés, si John Galliano est tombé de son piédestal, Karl Lagerfeld, lui, domine incontestablement le monde de la couture. En témoigne sa collection éponyme vendue chez Sephora de cet hiver, entièrement à l’effigie, de la sulfure à la palette de fards à paupières !

Les designers d’aujourd’hui sont ils les nouveaux leaders ? La question peut se poser (et elle le sera davantage dans un très très prochain article).  Ainsi, – et plus encore dans un monde en recherche de soulagement dans un difficile contexte de crise, nous en avons précédemment parlé – la mode apparaît terreau d’une pensée magique, voire même support de phantasmes.

Ils sont joyeux, souriants, colorés et féeriques, l’ours en peluche inspiré de Karl Lagerfeld (à gauche) et la poupée Karl vendue chez Sephora (à droite)… Si vous voulez que vos enfants n’attendent plus rien de vous aux prochains anniversaires, vous avez la solution !

C’est ainsi, que, s’ils n’avaient initialement pas pour objectif spécifique de s’appliquer à la mode, cette dernière semble pourtant pouvoir s’approprier les propos du politologue Georges Burdeau : ainsi, « parce qu’il fournit une explication qui passe par la sensibilité et non par la raison, le mythe offre à l’homme d’aujourd’hui la chance qu’il ourdit à travers toutes les images que les mass media mettent à sa disposition : celle de vivre par personne interposée, l’existence olympienne que lui interdit le prosaïsme de sa situation » (3). Autant dire, que les grands noms de la mode se font donc aujourd’hui nouveaux héros  – charismatiques tout autant que mythiques – du système contemporain.

La mode, un art autolimité de la transformation des corps et des esprits ?

Si Donatella Versace considère, dans le documentaire de Loïc Prigent « The Day Before », que « la mode n’est pas un art », mais  davantage l’expression d’une « culture populaire », la couture ne serait elle pourtant pas une science à la limite, voire même dans l’antichambre du domaine artistique ?

Un art au service de l’imaginaire du corps…

Si le corset (à gauche)  apparaissait pour l’époque un outil – certes ingénieux mais néanmoins fort peu confortable – pour afficher une taille toute en finesse, ou que la crinoline (parodiée ci dessous) – remplacée par la suite par la tournure, permettant de donner du volume uniquement à l’arrière de la robe – ont été supprimés au début du XXème siècle (à l’initiative du couturier Paul Poiret), il va pourtant sans dire que la mode s’est faite, depuis toujours,  instrument affirmé de transformation des morphologies par les tissus et l’habillement.

Cependant, si la recherche de transformation, d’aliénation – voire même dans certains cas une forme d’altération – des corps trouve sa place dans les défilés d’aujourd’hui, celle-ci semble être alors surtout au service d’une véritable stimulation de l’imaginaire.

C’est ainsi que l’on ne peut que songer aux créations surprenantes – parfois radicalement à contre courant de l’image habituelle que l’on se fait du beau – de certains couturiers comme Gareth Pugh à Thierry Mugler en passant par Alexander McQueen (ci dessus),  Comme des Garçons, voire Paco Rabanne ;

Mickey Rourke va mieux depuis qu’il a relevé la tête de la coke !

que l’on ne peut que rêver aux robes merveilleuses de Manish Arora (ci dessus), de Mary Katrantzou (on se souvient du défilé Spring Summer 2012 rappelant la Dorothy du magicien d’Oz) ou aux tenues éblouissantes du défilé des Anges de Victoria’s Secret (ci dessous avec Alessandra Ambrosio et Constance Jablonski au défilé 2011-2012) ;

Comme les dindes, Alessandra Ambrosio se sent pousser des ailes !

Exclusif MVU ! L’épilation de Georges le Yéti, l’incroyable vérité !

… ou que l’on ne peut que fantasmer devant les escarpins au design souvent féérique mais

parfois dérangeant de Christian Louboutin (autant dire que, pour ce dernier adjectif, la série de photos réalisée par David Lynch de certains de ses modèles fétichistes comme les « ballet shoes » (à droite et ci dessous) en est un exemple criant…).


Manish Arora n’est pas non plus le dernier quand il s’agit de créer un malaise… Mais quitte à s’inspirer d’affiches de film, j’ai ma petite suggestion…

… Un art pourtant autolimité par les contraintes corporelles

Il n’en demeure pas moins que, si la mode est un art, elle demeure incapable de transformer totalement le corps. Alors qu’ Eric Emmanuel Schmitt mettait en scène un jeune homme mutilé au service de l’art dans son roman « Lorsque j’étais une oeuvre d’art », l’artistique étroitement lié à la transformation ne semble trouver sa place dans la couture qu’en opérant fusion avec les corps. Et c’est là où le bât blesse : comme le déclare Catherine Schwaab, rédactrice en chef de Paris Match, « le vêtement ne sera jamais vraiment une oeuvre libre » (4).

Et là est bien la limite : contraintes sociales, conjoncturelles et circonstancielles, tout autant que corporelles ont tôt fait de freiner l’imagination des couturiers : le corps a beau trouver une certaine aliénation dans le vêtement, il n’en demeure pas moins que le textile se doit malgré tout de s’adapter aux lignes des contours et des profils, et nous aurons l’occasion de développer la question bien en détail…

La partie ne semble pourtant pas proche de s’arrêter.  Si pour rassembler au mieux tous les éléments qui la composent et donner une définition précise et affûtée de la mode, l’on pourrait être tenté de qualifier celle-ci de « science artistique », il n’en demeure pas moins qu’entre pièces textiles hautement technologiques, tentatives de transformations des corps et des esprits par le prêt à porter ou la haute couture et brouillage et fourmillement des looks, la vraie définition de la mode ne se trouverait-elle pas davantage dans la réponse à l’interrogation suivante :… et si, en définitive, la mode n’était qu’un jeu d’enfants ?


(1) C. Schwaab, Fashion Mode d’Emploi, p. 154, Flammarion, 2010

(2) C. de Malet, « Le textile toujours plus intelligent », Libération, 14/10/2007

(3) G. Burdeau, Ecrits de Droit Constitutionnel et de Science Politique, p. 356, Editions Panthéon-Assas, coll. Les Introuvables, juin 2011

(4). C. Schwaab, précité, p. 86

Rendez-vous sur Hellocoton !

La Bobo, la Bimbo et le Chat de Schrödinger : Part 1

Je vois déjà vos yeux se froncer (très mauvaise habitude à arrêter immédiatement sous peine de ride du lion) quand je vais vous dire que de la physique quantique aux catwalks, il n’y a qu’un battement de cils…

Erwin Schrödinger. Si son nom lui aurait peut-être permis de faire carrière dans la haute couture (Diane Von Furstenberg y est bien parvenue sans changer de nom !), ce brave homme a préféré plancher sur des questions que personne ne se posait. Pouvait-il imaginer qu’un jour ses théories puissent trouver un écho dans les yeux d’Anna Wintour ? A l’inverse, Anna Wintour influencera-t-elle un jour les théories quantiques ?

Aucun rapport ? Détrompez vous…

En 1935, Erwin Schrödinger, physicien autrichien, a cherché à dégager une théorie (purement intellectuelle, aucun animal n’a été maltraité) permettant de démontrer les lacunes de celle ci :

Prenons un chat. Plaçons le dans une boite hermétiquement close disposant d’un mécanisme ayant 50 % de chance de tuer l’animal au bout de cinq minutes. Le spectateur ne sait donc pas si celui-ci a survécu tant qu’il n’a pas ouvert le contenant (la probabilité est donc de moitié que le chat soit toujours vivant). Pour la mécanique quantique, cet état d’incertitude signifie donc que le chat n’est ni mort, ni vivant, du fait de la superposition de ces deux hypothèses (vous suivez toujours ?).

Les deux possibilités auraient donc alors selon Schrödinger potentiellement généré deux univers alternatifs : le premier où l’animal aurait survécu, le second dans lequel il aurait succombé. Ce n’est qu’en ouvrant la boîte et en constatant l’état du chat, que le spectateur serait propulsé dans l’un des deux univers (l’autre existant toujours parallèlement).

Le lien avec les Fashion Week semble peut être, à ce stade de la démonstration, relativement (voire même particulièrement) ténu… Eh bien pas tant que ça : si la théorie du chat de Schrödinger permet de tenter d’apporter une réponse potentielle à l’existence des univers parallèles, les collections Spring Summer 2012 semblent presque apparaître à elles seules comme une manifestation éclatante et surprenante de mécanique quantique.

En effet, si la Fashion Week de Milan – qui a pris place du 21 au 27 septembre dernier, – ainsi que celle de Paris – du 27 septembre au 5 octobre – ont célébré la féminité, il est peu dire que les couturiers en ont non seulement adopté une vision parfois fort surprenante, mais aussi très largement contrastée (et tellement large qu’elle fera l’objet de deux thèmes, divisés en deux articles dont voici le premier).

A tel point que si deux tendances se dégagent - un look bourgeoise-chic au caractère sérieux indéniable, à tendance arty et un second à la féminité bien plus exacerbée, voire ultra sexy – les couturiers en livrent pour chacune d’entre elles une interprétation tellement tranchée, qu’il semble au spectateur assister à une multiplication des mondes sur les catwalks (vous vous demandiez pourquoi on parlait de « cat »walk ? Vous avez compris !).

La question se pose donc : le mélange des genres sur les défilés ne peut il pas être appréhendé comme l’illustration d’univers alternatifs ?

Première partie: La tendance néo-bourgeoise chic et arty :

de Gatsby le Magnifique à Silent Hill, en passant par Walt Disney


 Premier univers : La bobo des années folles

Du sérieux. C’est le maître mot qui apparaît chez de nombreux créateurs pour la saison prochaine. Chez Fendi, Gucci, Saint Laurent (dont les ensembles sont généralement de couleur sombre : bleu nuit, noir, et vert foncé) ou Prada dans une moindre mesure, c’est une féminité toute en retenue qui transparaît.

Fendi mêle ainsi style masculin-féminin à travers l’ajout de cravates à certains tops mais propose aussi cols sages et matières un peu lourdes. Gucci  (ci-dessous) propose des motifs art déco géométriques, des costumes à la coupe également masculine ainsi que des robes brodées de perles métallisées qui ne sont pas sans rappeler l’esprit des années 20 de la Daisy Buchanan de Francis Scott Fitzgerald. Chez Miuccia Prada, enfin ce sont les imprimés, les tissus fluides et contrastés qui sont rois, le tout dans une inspiration rétro non dissimulée.


Elégance sérieuse toujours – et comme à son habitude – qui prédomine pour Ann Demeulemeester (à gauche, ci-dessous), majoritairement duochrome (noir et nude/blanc), ou chez Giorgio Armani  (à droite) – plus vraiment cette fois-ci par les coupes, mais plutôt par les multiplication de tissus à la brillance métallique et moirée ainsi que par un maquillage très appuyé au niveau du regard.

Second univers : La bobo de contes de fées

Elégance sérieuse mais à tendance merveilleuse pour Karl Lagerfeld chez Chanel comme pour Marc Jacobs chez Louis Vuitton (ce qui n’est pas sans rappeler l’univers magique de Mary Katrantzou lors de la semaine londonienne).

Le premier propose ainsi une réinterprétation fashion du conte de la Petite Sirène  – à l’instar de Versace où si la collection est une vraie réussite dans son ensemble, certains modèles apparaissent cependant peut être un peu trop tapageurs (ci-dessous) – avec tailleurs blancs à vestes courtes superbement coupés et gages d’allongement de la silhouette, adoucie par l’utilisation de couleurs nude et pastel. Les formes structurées et les imprimés géométriques, cohabitent avec flots de perles, sequins irisés ou tissus moirés et nacrés évoquant les coquillages que tiennent en main les mannequins et les écailles de poisson d’Ariel.

Chanel


Chez Versace, la version du conte d’Andersen est bien plus bling bling… au risque de rappeler une héritière jet setteuse au bon goût bien connu (posant comme à son habitude dans la plus grande simplicité)

 Louis Vuitton

Dans la même veine, si pour le second, le show n’est pas moins féérique – l’ambiance romantique mise en exergue par l’installation d’un manège, serre-têtes et tiares strassés ainsi qu’omniprésence de dentelle claire et virginale, font des mannequins autant de Cendrillons – il n’en demeure pas moins que le virage opéré sur d’autres podiums est catégorique. A tel point que le spectateur semble se voir catapulté, sinon dans les romans d’Isaac Asimov, du moins dans un film d’anticipation…

Troisième univers : La bobo de science fiction

C’est Jean Charles de Castelbajac qui ouvre le bal et opère la transition avec l’univers précédent, sans se départir de son style décalé habituel : le podium est noyé dans la fumée et la pénombre ; les teintes sombres, les smoky ainsi qu’un maquillage à l’intensité presque dérangeante coexistent avec des imprimés Walt Disney pour un résultat franchement déroutant, tranchant radicalement avec l’esprit de Vuitton ou de Chanel.


              Le nouveau magasin de Jean Charles de Castelbajac ? Non, le Disney Store…

De même, au défilé Emporio – sobrement intitulé « Neodesign » où noir et blanc se taillent la part du lion – le show se mue en une véritable procession : mannequins blond platine à l’allure robotique, makeup appuyé, et cheveux ultra lissés à la coupe courte, suivent les unes après les autres les pas du doppelgänger qui les a précédées. Les tenues sont géométriques, certes chic et sobres, mais rendent de fait le look presque glacé. C’est également le parti pris retenu par Nicolas Ghesquière (Jean Marc Taponier n’était malheureusement pas là.. oui oui j’ai aussi le droit de faire des blagues idiotes) pour Balenciaga (les robes sont évasées mais très rigides et les tissus métallisés) ainsi que chez Mugler où la particularité se marque surtout, outre les découpes surprenante, par le maquillage et la mise en scène du show.

Emporio Armani

Un gros côté Tic et Tac chez Armani… (oui oui avec la même jovialité !)

Il en va de même chez Gucci où si, on l’a dit, un grand nombre de pièces rappellent davantage Gatsby le Magnifique que la série SF Battlestar Galactica, la mise en beauté pourtant étonne, interroge voire même déstabilise tant elle tranche avec les tenues : le charbonneux  du regard est intense, les sourcils presque inexistants tant ils sont blondis et les chignons sont bombés vers l’arrière… ce qui n’est pas sans rappeler une certaine série de films dont le premier a été signé par Ridley Scott et qui ont lancé la carrière de Sigourney Weaver.

Mise en beauté d’anticipation chez Gucci ?

Enfin, science fiction toujours – voire même inspiration dans certains jeux vidéos  horrifiques – chez Gareth Pugh. Ce dernier reste fidèle à sa ligne de conduite arty habituelle avec des combinaisons géométriques, du noir et du blanc – comme chez Armani -, des sourcils blanchis et à l’implantation hasardeuse, mais surtout par un final détonant où les dernières silhouettes voient leurs têtes dissimulés sous des capuches à forme pyramidale, pour un résultat plus que frissonnant… semblant sorti tout droit de Silent Hill (avec Pyramide Head, ci-dessous) ou de Resident Evil (avec l’homme à la hache)…

Effet garanti pour un premier rendez vous !

Autant dire que le mélange des genres est plutôt surprenant – et c’est un euphémisme -… et ce n’est pas fini…

A suivre …

Rendez-vous sur Hellocoton !