La Bobo, la Bimbo et le Chat de Schrödinger : Part 1

Je vois déjà vos yeux se froncer (très mauvaise habitude à arrêter immédiatement sous peine de ride du lion) quand je vais vous dire que de la physique quantique aux catwalks, il n’y a qu’un battement de cils…

Erwin Schrödinger. Si son nom lui aurait peut-être permis de faire carrière dans la haute couture (Diane Von Furstenberg y est bien parvenue sans changer de nom !), ce brave homme a préféré plancher sur des questions que personne ne se posait. Pouvait-il imaginer qu’un jour ses théories puissent trouver un écho dans les yeux d’Anna Wintour ? A l’inverse, Anna Wintour influencera-t-elle un jour les théories quantiques ?

Aucun rapport ? Détrompez vous…

En 1935, Erwin Schrödinger, physicien autrichien, a cherché à dégager une théorie (purement intellectuelle, aucun animal n’a été maltraité) permettant de démontrer les lacunes de celle ci :

Prenons un chat. Plaçons le dans une boite hermétiquement close disposant d’un mécanisme ayant 50 % de chance de tuer l’animal au bout de cinq minutes. Le spectateur ne sait donc pas si celui-ci a survécu tant qu’il n’a pas ouvert le contenant (la probabilité est donc de moitié que le chat soit toujours vivant). Pour la mécanique quantique, cet état d’incertitude signifie donc que le chat n’est ni mort, ni vivant, du fait de la superposition de ces deux hypothèses (vous suivez toujours ?).

Les deux possibilités auraient donc alors selon Schrödinger potentiellement généré deux univers alternatifs : le premier où l’animal aurait survécu, le second dans lequel il aurait succombé. Ce n’est qu’en ouvrant la boîte et en constatant l’état du chat, que le spectateur serait propulsé dans l’un des deux univers (l’autre existant toujours parallèlement).

Le lien avec les Fashion Week semble peut être, à ce stade de la démonstration, relativement (voire même particulièrement) ténu… Eh bien pas tant que ça : si la théorie du chat de Schrödinger permet de tenter d’apporter une réponse potentielle à l’existence des univers parallèles, les collections Spring Summer 2012 semblent presque apparaître à elles seules comme une manifestation éclatante et surprenante de mécanique quantique.

En effet, si la Fashion Week de Milan – qui a pris place du 21 au 27 septembre dernier, – ainsi que celle de Paris – du 27 septembre au 5 octobre – ont célébré la féminité, il est peu dire que les couturiers en ont non seulement adopté une vision parfois fort surprenante, mais aussi très largement contrastée (et tellement large qu’elle fera l’objet de deux thèmes, divisés en deux articles dont voici le premier).

A tel point que si deux tendances se dégagent - un look bourgeoise-chic au caractère sérieux indéniable, à tendance arty et un second à la féminité bien plus exacerbée, voire ultra sexy – les couturiers en livrent pour chacune d’entre elles une interprétation tellement tranchée, qu’il semble au spectateur assister à une multiplication des mondes sur les catwalks (vous vous demandiez pourquoi on parlait de « cat »walk ? Vous avez compris !).

La question se pose donc : le mélange des genres sur les défilés ne peut il pas être appréhendé comme l’illustration d’univers alternatifs ?

Première partie: La tendance néo-bourgeoise chic et arty :

de Gatsby le Magnifique à Silent Hill, en passant par Walt Disney


 Premier univers : La bobo des années folles

Du sérieux. C’est le maître mot qui apparaît chez de nombreux créateurs pour la saison prochaine. Chez Fendi, Gucci, Saint Laurent (dont les ensembles sont généralement de couleur sombre : bleu nuit, noir, et vert foncé) ou Prada dans une moindre mesure, c’est une féminité toute en retenue qui transparaît.

Fendi mêle ainsi style masculin-féminin à travers l’ajout de cravates à certains tops mais propose aussi cols sages et matières un peu lourdes. Gucci  (ci-dessous) propose des motifs art déco géométriques, des costumes à la coupe également masculine ainsi que des robes brodées de perles métallisées qui ne sont pas sans rappeler l’esprit des années 20 de la Daisy Buchanan de Francis Scott Fitzgerald. Chez Miuccia Prada, enfin ce sont les imprimés, les tissus fluides et contrastés qui sont rois, le tout dans une inspiration rétro non dissimulée.


Elégance sérieuse toujours – et comme à son habitude – qui prédomine pour Ann Demeulemeester (à gauche, ci-dessous), majoritairement duochrome (noir et nude/blanc), ou chez Giorgio Armani  (à droite) – plus vraiment cette fois-ci par les coupes, mais plutôt par les multiplication de tissus à la brillance métallique et moirée ainsi que par un maquillage très appuyé au niveau du regard.

Second univers : La bobo de contes de fées

Elégance sérieuse mais à tendance merveilleuse pour Karl Lagerfeld chez Chanel comme pour Marc Jacobs chez Louis Vuitton (ce qui n’est pas sans rappeler l’univers magique de Mary Katrantzou lors de la semaine londonienne).

Le premier propose ainsi une réinterprétation fashion du conte de la Petite Sirène  – à l’instar de Versace où si la collection est une vraie réussite dans son ensemble, certains modèles apparaissent cependant peut être un peu trop tapageurs (ci-dessous) – avec tailleurs blancs à vestes courtes superbement coupés et gages d’allongement de la silhouette, adoucie par l’utilisation de couleurs nude et pastel. Les formes structurées et les imprimés géométriques, cohabitent avec flots de perles, sequins irisés ou tissus moirés et nacrés évoquant les coquillages que tiennent en main les mannequins et les écailles de poisson d’Ariel.

Chanel


Chez Versace, la version du conte d’Andersen est bien plus bling bling… au risque de rappeler une héritière jet setteuse au bon goût bien connu (posant comme à son habitude dans la plus grande simplicité)

 Louis Vuitton

Dans la même veine, si pour le second, le show n’est pas moins féérique – l’ambiance romantique mise en exergue par l’installation d’un manège, serre-têtes et tiares strassés ainsi qu’omniprésence de dentelle claire et virginale, font des mannequins autant de Cendrillons – il n’en demeure pas moins que le virage opéré sur d’autres podiums est catégorique. A tel point que le spectateur semble se voir catapulté, sinon dans les romans d’Isaac Asimov, du moins dans un film d’anticipation…

Troisième univers : La bobo de science fiction

C’est Jean Charles de Castelbajac qui ouvre le bal et opère la transition avec l’univers précédent, sans se départir de son style décalé habituel : le podium est noyé dans la fumée et la pénombre ; les teintes sombres, les smoky ainsi qu’un maquillage à l’intensité presque dérangeante coexistent avec des imprimés Walt Disney pour un résultat franchement déroutant, tranchant radicalement avec l’esprit de Vuitton ou de Chanel.


              Le nouveau magasin de Jean Charles de Castelbajac ? Non, le Disney Store…

De même, au défilé Emporio – sobrement intitulé « Neodesign » où noir et blanc se taillent la part du lion – le show se mue en une véritable procession : mannequins blond platine à l’allure robotique, makeup appuyé, et cheveux ultra lissés à la coupe courte, suivent les unes après les autres les pas du doppelgänger qui les a précédées. Les tenues sont géométriques, certes chic et sobres, mais rendent de fait le look presque glacé. C’est également le parti pris retenu par Nicolas Ghesquière (Jean Marc Taponier n’était malheureusement pas là.. oui oui j’ai aussi le droit de faire des blagues idiotes) pour Balenciaga (les robes sont évasées mais très rigides et les tissus métallisés) ainsi que chez Mugler où la particularité se marque surtout, outre les découpes surprenante, par le maquillage et la mise en scène du show.

Emporio Armani

Un gros côté Tic et Tac chez Armani… (oui oui avec la même jovialité !)

Il en va de même chez Gucci où si, on l’a dit, un grand nombre de pièces rappellent davantage Gatsby le Magnifique que la série SF Battlestar Galactica, la mise en beauté pourtant étonne, interroge voire même déstabilise tant elle tranche avec les tenues : le charbonneux  du regard est intense, les sourcils presque inexistants tant ils sont blondis et les chignons sont bombés vers l’arrière… ce qui n’est pas sans rappeler une certaine série de films dont le premier a été signé par Ridley Scott et qui ont lancé la carrière de Sigourney Weaver.

Mise en beauté d’anticipation chez Gucci ?

Enfin, science fiction toujours – voire même inspiration dans certains jeux vidéos  horrifiques – chez Gareth Pugh. Ce dernier reste fidèle à sa ligne de conduite arty habituelle avec des combinaisons géométriques, du noir et du blanc – comme chez Armani -, des sourcils blanchis et à l’implantation hasardeuse, mais surtout par un final détonant où les dernières silhouettes voient leurs têtes dissimulés sous des capuches à forme pyramidale, pour un résultat plus que frissonnant… semblant sorti tout droit de Silent Hill (avec Pyramide Head, ci-dessous) ou de Resident Evil (avec l’homme à la hache)…

Effet garanti pour un premier rendez vous !

Autant dire que le mélange des genres est plutôt surprenant – et c’est un euphémisme -… et ce n’est pas fini…

A suivre …

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23 réflexions au sujet de « La Bobo, la Bimbo et le Chat de Schrödinger : Part 1 »

  1. Magnifique cet article j’ai tout dévoré !
    J’ai un petit faible pour les robes années 20 et la collection Chanel. J’ai toujours un faible pour Chanel ……
    Cela dit les prévisions « modesques » printemps été 2012 ne m’emballent que très peu cette année. J’ai entendu aussi parlé de beaucoup de couleur pastel, il faut aimé je dirais…
    En tout cas super cet article !
    Bisous.

    • Merciii tu es adorable !!! :) la 2e partie est à venir, j’espère qu’elle te plaira autant !
      (ah oui Chanel… je te comprends…. je partage ton engouement ;) )
      Bisous !!!

  2. Magnifique article, je suis soufflé par la qualité et les différentes références culturelles que tu disposes ci-et-là.

    Le pari était risqué ( mêler physique quantique et mode ), mais comme d’habitude tu vises juste. :D

    Gatsby

  3. Super article, tu écris vraiment bien et les comparaisons en photo sont tordantes. J’aime bien le côté Tic et Tac, moi qui déteste Armani pourtant …
    Quant au style Gareth Pugh, je me verrais bien sortir comme ça mais tête nue …ben quoi ? faut assumer ^^
    Bises

    • C’est sûr qu’avec une telle tenue, on ne doit pas passer inaperçues… ! ;)
      Merci mille fois de tes compliments je suis super touchée !
      Bisous !!

  4. J’adore et j’adhère à ton analyse! Et je suis ravie que les années 30 prennent le pouvoir, c’est l’un de mes péchés mignons… Quand j’étai jeune, je voulais vivre dans un diamant gros comme le Ritz.

    • Merci pour ton commentaire !! C’est effectivement une très jolie mode (et c’est aussi pour cela que j’aime beaucoup ce que j »aime beaucoup le travail de Ralph Lauren qui s’en inspire beaucoup)

      Bisous !!

  5. Comme Yann Barthès le souligne dans Le Petit Journal de Canal + : « Paris Hilton, elle est très distinguée !! » LOL
    Bon, sans rire, j’adore tes billets, et j’ai déjà fait tourner Outre-Rhin…
    Bises, on attend la suite !

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